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TMB la bataille du compost

Compost : la France préfère les usines à gaz

 

La France s'apprête-elle à défendre à Bruxelles les intérêts de nos multinationales du verdissement des déchets? 

L' Europe pourrait en effet imposer des normes de qualité du compost à usage agricole qui anéantirait les espoirs industriels français de la filière du tri-mécano-biologique ou TMB. Car cette filière française en plein essor profite jusqu'ici pleinement de normes françaises, plutôt conciliantes pour du compost à destination de terres agricoles : ainsi 1 m3 de compost à la norme NFU-44051 peut contenir jusqu'à 5kg de verre et métaux et 2,7kg de plastiques, finement broyés par le TMB, sans compter les métaux lourds et autres polluants ! Il n'est donc pas surprenant que plusieurs chambres agricoles se soient prononcées officiellement, hostile à l'usage de tels composts.


La guerre du compost que se livrent actuellement Berlin et Paris, au niveau européen soulève indirectement un coin du voile pudique, posé sur l'état inquiétant des terres agricoles européennes, conséquence de la révolution agricole chimique de l'après-guerre : la plus part des sols européens présentent un déséquilibre en matières organiques et la moitié des sols sont pauvres en matières organique, non seulement dans le sud, mais aussi en France, en Allemagne en Grande Bretagne...Une situation qui mobilise depuis des années la commission européenne. Or une solution simple, efficace est bien connue : l'amendement organique des terres, par un compost de qualité...ce que l'Homme a fait depuis des millénaires. L'ampleur du problème, couplé avec le renchérissement des intrants agricoles, a donc créé une sorte d'aubaine pour l'industrie du déchet : en France, les projets d'usines de tri mécano-biologique et méthanisation des déchets ménagers fleurissent, présentés comme une alternative plus écologique à l'incinération ou à la mise en décharge. Avec l'espoir bien sûr, de produire à la fois du compost vendu aux agriculteurs et du biogaz.


Pourtant, séduisant sur le papier, le concept d'usine TMB-méthanisation s'avère un fiasco industriel avec de lourdes conséquences financières pour les contribuables des collectivités concernées. La destination principale de ces installation est la production de compost, or selon un rapport de l'ADEME de mai 2010, seul 7% des composts issu de TMB sur ordures ménagères seraient conformes à la très douce norme française NFU-44051! Les 93% des composts restants doivent dont partir en décharge, un coût de traitement supplémentaire pour les collectivités, qui ont déjà payé très cher pour le TMB. L'ADEME ne conseille d'ailleurs plus aux collectivités le choix du TMB et ne subventionne plus l'installation de telles usines depuis 2009...pourtant les projets de TMB-méthanisation des ordures ménagères continuent de se développer en France et nos multinationales qui les promeuvent au près des collectivités continuent de se contredire : pour Veolia en Grande-Bretagne, le compost issu du TMB ne doit pas retourner au sol et alors que Veolia promeut le contraire en France !


D'autres pays d'Europe, comme l'Autriche qui, en 2010,compostait en 2010 de ses ordures ménagères, ont suivi depuis une vingtaine d'années une autre voie : celle de la collecte séparée des « bio-déchets » de nos poubelles, c'est à dire des déchets organiques compostables. L'écueil sur lequel se butte le TMB en France est ainsi évité : trié à la source par les habitants, les déchets collectés ne se retrouvent pas souillés par des produits toxiques, mélangés à de petits plastiques ou autres détritus non collectés en collecte séparée. Si le coût de collecte est supérieur, la collectivité gagne sur les coûts de traitement des déchets et sur la qualité du compost. Par contre, le tri en usine sur une collecte tout-venant de nos ordures ménagères,  le TMB ,  profite largement aux multinationales de la collecte et du traitement des déchets, puisqu'elles sont payées à la tonne de déchets collectés et traités. Qu'importe alors pour elles qu'une très grande partie des déchets qui entrent dans le circuit industriel du TMB n'aient rien à y faire,  polluent le compost  et doivent finalement être à nouveau transportés et à nouveau traités ailleurs,  puisque c'est autant d'argent  gagné sur nos impôts par  ces entreprises.

Le retour à la terre sous forme d'un compost de qualité de la part compostable de nos ordures ménagères, un tiers de nos poubelles après tri sélectif, est un enjeu particulièrement important pour la France du fait de sa grande tradition agricole. Mais les effets positifs d'un tel choix ne se limiteraient pas à l'agriculture : notre taux de recyclage des plastiques et des papiers, particulièrement bas par rapport à nos voisins d'Europe du Nord , devrait enfin décoller et de nombreux incinérateurs devenir inutiles. Les « bio-déchets » contiennent en effet beaucoup d'eau et doivent être mélangés à des plastiques et des cartons pour pouvoir être incinérés...

Espérons que la position française sur le compost évolue enfin vers l'intérêt commun plutôt que celui de ses multinationales ou que la future réglementation européenne sur le compost, qui doit voir le jour dans les prochains mois, nous amène finalement à sortir de ce terrible gâchis qui profite à quelques uns pour aller enfin vers une bonne gestion de nos poubelles dans l'intérêt de tous . 



07/04/2013
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