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Sarkozy et le compte Suisse de Cahuzac

Compte Cahuzac et UMP en Suisse: un voisinage saisissant

Mis en ligne le 05.04.13 à 13:13
Jérome Cahuzac (à gauche) et Pierre Condamin Gerbier

Jérome Cahuzac (à gauche) et Pierre Condamin Gerbier

© Keystone/DR/Montage



Antoine Menusier

http://www.hebdo.ch/les-blogs/la-r%C3%A9daction-en-ligne/compte-cahuzac-et-ump-en-suisse-un-voisinage-saisissant


Le responsable de la délégation de l’UMP sur sol helvétique travaillait dans la société financière genevoise Reyl & Cie, l’hébergeur des avoirs secrets de l’ex-ministre du budget.

Déçu de la manière dont l’ex-président Nicolas Sarkozy traite en ce temps-là les exilés fiscaux français, le banquier Pierre Condamin Gerbier quitte, fin 2008, début 2009, son poste de responsable de la délégation de l’UMP en Suisse, qui regroupe les adhérents de ce parti résidant sur sol helvétique. Eric Woerth est à l’époque ministre du budget et trésorier de l’UMP (charge dont il est contraint de démissionner en juillet 2010 en raison des soupçons de conflit d’intérêt qui pèsent sur lui dans le cadre de l’affaire Bettencourt – de 2007 à juin 2010, son épouse, Florence Woerth, fut employée par Clymène, société gérante de la fortune de l’héritière du groupe L’Oréal).

Celui qui, alors, a la main sur le fisc, bataille contre ces Français qui placent secrètement leur argent à l’étranger, en particulier en Suisse. Pierre Condamin Gerbier trouve cette attitude hypocrite et se souvient de ce mois de mars 2007, quand Eric Woerth, moins regardant sur l’origine des fonds, était venu à Genève faire la tournée des riches donateurs pour financer la campagne présidentielle du candidat Sarkozy.

Jusqu’à juillet 2010, Pierre Condamin Gerbier était un associé de la société financière Reyl & Cie, basée à Genève. Selon les informations non démenties du quotidien Le Temps, cette société privée, devenue banque en 2010 après acquisition d’une licence bancaire, a hébergé le compte secret de Jérôme Cahuzac, l’ex-ministre du budget qui, le 2 avril, a avoué avoir un compte à l’étranger, confirmant les révélations du site Médiapart.

Les faits jusqu’ici établis indiquent que Jérôme Cahuzac a ouvert en 1992 un compte à l’UBS par l’entremise de Philippe Péninque, une figure de l’extrême-droite française, proche conseiller de Marine Le Pen, écrit Le Monde du 3 avril. En 1993, toujours selon Le Monde, ce compte a été récupéré en nom propre par l'ancien ministre, via la société Reyl & Cie. En 2009, il aurait été transféré à Singapour dans la filiale locale de la banque helvétique Julius Baer, sous le nom de Reyl & Cie, «ce qui lui conférait plus d’opacité encore», confie à L’Hebdo un spécialiste des circuits financiers – la société Reyl & Cie n’ayant pas de licence bancaire à Singapour, elle y aurait «sous-déposé» le compte Cahuzac auprès d’un tiers.

Pierre Condamin Gerbier, qui a créé son propre «family office», une activité de gestion de patrimoine et de conseils juridiques, était donc à la fois responsable de la délégation de l’UMP en Suisse et membre de Reyl et Cie quand cette dernière gérait le compte de celui qui n’était alors que député (PS). Ce transfert à Singapour aurait ainsi précédé de quelques mois la désignation de Jérôme Cahuzac, en février 2010, par le groupe socialiste de l’Assemblée nationale, à la présidence de la prestigieuse commission des finances, Nicolas Sarkozy, président de la République à l’époque, ayant décidé de confier cette charge à un membre de l’opposition.

Pierre Condamin Gerbier était-il au courant de l’existence du compte Cahuzac au sein de l’établissement dont il était, avec Dominique et François Reyl notamment, l’un des associés ? Si oui, compte tenu de son engagement politique, aurait-il pu en informer une tierce personne, par exemple Eric Woerth, alors trésorier de l’UMP ? «S’il arrivait que nous discutions, entre associés, de clients ayant un compte dans la société, j’ignorais, jusqu’à ce que la presse en parle, l’existence du compte de M. Cahuzac dans les livres de comptes de Reyl & Cie, affirme Pierre Condamin Gerbier. Et si j’en avais été informé, j’aurais été tenu au secret. Briser ce secret m’aurait exposé à des poursuites pénales. Par ailleurs, je n’imagine pas que s’il avait appris, d’une manière ou d’une autre, l’existence du compte de M. Cahuzac, M. Woerth n’en aurait pas fait un usage politique. Je précise que mon engagement au sein de l’UMP était une activité politique totalement séparée de ma fonction professionnelle, un cas de figure fréquent en Suisse.»

Nous avons voulu demander au député Eric Woerth (UMP) – mis en examen pour «recel» par le juge Jean-Michel Gentil qui instruit les dossiers Bettencourt – s’il avait eu vent de l’existence de ce compte avant que Médiapart n’en fasse état. Il n’a pas souhaité répondre. Nous avons également cherché à entrer en contact avec François ou Dominique Reyl, pour savoir si l’activité de Pierre Condamin Gerbier à la tête de la délégation de l’UMP en Suisse l’avait exposé à un possible conflit d’intérêt vu son métier de banquier au sein de Reyl & Cie, si elle ne l’avait pas placé, à tout le moins, dans une situation délicate. Le service de communication de la banque a indiqué que cette dernière était « tenue à un devoir de confidentialité ».

On peut à l'inverse penser que la double casquette de Pierre Condamin Gerbier, en raison même de ses relations avec des contribuables français, a été un atout pour la société Reyl & Cie.

 



13/04/2013
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