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Protestataires de Wall Street, la contamination des indignés se poursuit

12 octobre 2011

Les protestataires de Wall Street sont légitimement en colères.

Le développement du mouvement qui est né de quelques dizaines de protestataires il y a deux semaines, s’étend non seulement aux États-Unis, mais également dans la City de Londres. C’est une démonstration d’un malaise profond dans la population. Ce malaise prend sa source dans plusieurs éléments récents :

  1. Wall Street comme symbole a cessé d’être une source d’inspiration, voire d’admiration pour le peuple américain. La manière dont les dirigeants bancaires ont assumé leurs responsabilités face aux drames qu’ils ont créés dans les ménages et les entreprises n’est en effet pas crédible. Dans les prochaines semaines, une gigantesque « amende » devrait être imposée aux banques qui ont menti soit sur les crédits hypothécaires qu’elles octroyaient, soit sur la qualité de ces crédits lorsqu’elles les titrisaient sous forme de produits structurés mis sur le marché des capitaux. On devrait y ajouter les complices de ce forfait, les agences de notation. Le pire, c’est que nombreux sont les dirigeants bancaires qui continuent à recourir au déni de responsabilité.
  2. Les dirigeants des banques américaines ont renoué, en 2010 et surtout en 2011, avec des bonus ahurissants. Après avoir été sauvées d’un risque systémique qu’elles avaient provoqué, elles ont repris le chemin des rémunérations exorbitantes. Ce faisant, elles suivaient une tendance de l’ensemble des entreprises américaines. Il a fallu une action de l’opinion publique pour empêcher que les bonus de Goldman Sachs, immédiatement après le remboursement de la dette salvatrice, ne s’établissent au niveau de cette aide, presque dollar pour dollar.
  3. La Bank of America a provoqué un tollé général en annonçant que l’utilisation de la carte de débit (celle qui débite votre compte bancaire immédiatement) ferait l’objet d’une commission de 5 dollars par mois. Les consommateurs ont le sentiment que les banques les pressurisent avec des commissions additionnelles et de taux usuraires (15%) sur les indispensables cartes de crédit.
  4. Les manœuvres des républicains visant à retarder l’application du Dodd Frank Act of 2002 qui constitue une refonte du système financier américain n’ont échappé à personne. De surcroit, plusieurs candidats républicains à la présidence des Etats-Unis annoncent qu’ils vont faire annuler cette réglementation et revenir aux pratiques anciennes. Ce qui satisfait leur électorat fait peur au peuple américain qui souffre d’une paupérisation (plus de 25 millions) et d’un chômage (9,1%) à des niveaux record.
  5. La Maison Blanche -qui n’a pas pu ou pas voulu corriger le tir- s’est déclarée « compréhensive » face à cette réaction. Le Président Obama tente désespérément de reconstruire une image vigoureuse face à des concessions qui ont entamé la confiance de son électorat. Il est trop tôt pour savoir s’il y réussira.
  6. Les craquements dans les rangs des « ultra-riches », face à une taxation qui les favorise excessivement, montrent qu’il existe parmi eux des dirigeants comme Warren Buffett, Bill Gates et d’autres qui partagent le point de vue que le rêve américain n’est pas compatible avec des inégalités flagrantes. C’est nouveau et, bien évidemment, tres critiqué à droite.
  7. Enfin, la perte de confiance dans le Congres américain qui bloque les mesures importantes de manière partisante, choque de plus en plus. La dernière en date est une exigence des républicains (heureusement refusée par la Maison Blanche) de réduire les dépenses sociales pour approuver les mesures d’urgence en faveur des victimes des ouragans et autres intempéries qui ont émaillé l’été 2011.

 

Ce mouvement s’essoufflera-t-il ? Ce n’est pas certain dans la mesure où chaque jour voit un ralliement aux causes du mouvement, et les syndicats semblent décidés à reprendre ces thèmes dans les conditions de leur soutien aux candidats a la présidence en 2012. Leurs revendications ne pourront pas être esquivées dans la campagne électorale. En soi, c’est une remarquable victoire.

 

le blog de Georges Ugeux, PDG de Galileo Global Advisors, une mini banque d'affaires internationale a New York. De 1996 a 2003, il a été Executive Vice President International du New York Stock Exchange.



12/10/2011
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