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Mais dans quel monde vit Xavier Bertrand ?

19 octobre 2011

http://decodeurs.blog.lemonde.fr/2011/10/19/les-contre-verites-de-xavier-bertrand-sur-lacces-au-soins/#xtor=RSS-3208

Les oublis de Xavier Bertrand sur l’accès au soins

Ce qu'il a dit : “Dans un pays comme la France, il n’y a pas de personne qui ne serait pas soignée parce qu’elle n’en aurait pas les moyens.”

Xavier Bertrand était l'invité de Jean-Pierre Elkabbach, mardi 18 octobre. Le journaliste d'Europe 1 a rebondi sur l'expression "justice sociale" pour interroger le ministre de la santé sur la hausse du tarif des mutuelles, conséquence du doublement de la taxe sur les contrats de santé votée en septembre dans le collectif budgétaire. Jean-Pierre Elkabbach a expliqué qu'en augmentant le prix des mutuelles, beaucoup de gens devront y renoncer, et donc ne seraient pas soignés. Le ministre a jugé la phrase fausse. Mais est-ce vraiment le cas ? ( question posée à la minute 6.00 on peut aussi constater l'extrême professionnalisme de JPE qui ne contredit jamais le ministre (NDR))

 


Xavier Bertrand : "La France n'a pas besoin d'un... par Europe1fr

 

La réponse de Xavier Bertrand se concentre sur les mutuelles, taxées dans le cadre des mesures d'austérité du "plan Fillon". Pour le ministre, les mutuelles n'avaient pas forcément à répercuter la taxe sur leurs tarifs auprès des usagers. Pour introduire son argumentaire et répondre directement à Jean-Pierre Elkabbach, Xavier Bertrand commence tout d'abord par un postulat :

Dans un pays comme la France, il n’y a pas de personne qui ne serait pas soignée parce qu’elle n’en aurait pas les moyens.

Pourquoi c'est faux ?

Dans la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, adoptée en 1948, il est inscrit que "toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé". Dans ce sens, le Conseil national de la Résistance (CNR) avait proposé dans son programme "un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État" ce qui avait débouché sur la création de la Sécurité sociale. Le statut a été ensuite étendu très largement, notamment avec la Couverture maladie universelle (CMU), mise en place en 1999, permettant une couverture large d'accès aux soins.

Cependant, la situation n'est pas aussi simple que le prévoyait le CNR. Des personnes ne se soignent pas en France en 2011. Pour au moins trois raisons : elles n'ont pas les moyens de payer les soins, elles n'ont pas accès à une complémentaire santé et elles sont obligées de se rabattre sur des centres de soins, mais trop tard.

Renoncement aux soins

En 2008, dans son Enquête sur la santé et la protection sociale, l'Institut de recherche et documentation en économie de la santé (IRDES) consacre une partie de son rapport à la question du renoncement aux soins. Selon cette enquête, en 2008, "16,5 % de la population de 18 à 64 ans a déclaré renoncer à des soins pour des raisons financières lors des douze derniers mois".

Les personnes qui ne consultent pas, parce qu'elles disent ne pas en avoir les moyens, renoncent  principalement aux soins dentaires (10,7 % de la population) et aux lunettes (4 %).

Un document de Paul Dourgnon sur l'état des comptes du ministère de la santé se focalisant sur la question du renoncement précise les chiffres. Les personnes bénéficiaires de la CMU sont ainsi plus nombreuses (22 %) que les autres (15,3 %) à renoncer à certains soins.

Absence de couverture complémentaire

De plus, la même enquête s'intéresse aux personnes qui n'ont pas droit à la CMUC, la complémentaire santé proposée aux bénéficiaires de la CMU, et qui n'ont pas non plus de mutuelle (ce qui concerne 6 % des Français).

Parmi eux, 42,6 % déclarent ne pas en avoir car ils ne peuvent pas la payer. Dans son rapport, Paul Dourgnon confirme que, "de fait, les personnes sans complémentaire renoncent deux fois plus que les autres aux soins les moins bien couverts par le régime obligatoire".

Soins d'urgence sur le tard

Médecins du Monde a publié le 17 octobre son baromètre annuel de l’accès aux soins en France. Il indique que le nombre de consultations dans les centres d'accueil, de soins et d'orientation de l'association a augmenté de 10 % entre 2008 et 2011. Dans un quart des cas, les patients arrivent trop tard. Et dans 45 % des cas, les consultations nécessiteraient un suivi régulier sur six mois ou plus.

Aujourd'hui, il y a donc certaines personnes qui ne se soignent pas parce qu'elles n'en ont pas les moyens, donnant tort à Xavier Bertrand.  Le gouvernement semble d'ailleurs conscient du problème d'accès aux soins. Il présente un amendement permettant d'augmenter le plafond permettant l'accès à une aide à l'acquisition d'une complémentaire santé. Et, dans le dossier de presse du PLFSS de 2012, il met en avant le site ameli-direct.fr qui doit permettre de trouver le professionnel de santé le moins cher près de chez soi.

Alexandre Léchenet



19/10/2011
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