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Le pouvoir des agences de notation entre les mains des Banksters?

Qui sont les agences de notation ?

Petite devinette : qui possède la faculté de ruiner en quelques secondes le crédit de n’importe quel État souverain de la planète ou de précipiter dans la faillite les plus grandes multinationales en leur coupant l’accès au crédit ?

Réponse : les agences de notation chargées d’évaluer la solvabilité des émetteurs.

Un marché parfaitement oligopolistique

Ce pouvoir tout à fait exorbitant est concentré dans les mains de trois grandes agences qui se partagent aujourd’hui l’essentiel du marché de la notation: Standard & Poor’s (S&P), Moody’s et Ficht Ratings. Moody’s et Standard & Poor’s pèsent ensemble 80 % du marché mondial de la notation financière, cette dernière se taillant la part du lion avec environ 45% du marché. Dernière arrivée, l’agence Fitch Ratings  détient une part de marché de l’ordre de 15 % (ou un peu plus selon certaines sources).

 

Un marché oligopolistique

 

 

Source : The Wall Street Journal

Les deux agences américaines sont les acteurs historiques du marché.

Fondée en 1909 par John Moody, Moody’s est à l’origine une société d’information financière.  C’est la première à utiliser en 1919 une échelle graduée de notations, avec le désormais célèbre « Aaa » pour les émetteurs de qualité. Standard & Poor’s  a été fondée en 1941, avec la fusion entre Poor’s Publishing, créée en 1916 et Standard Statistics, créée en 1922. L’agence Fitch s’est constituée au cours de la dernière décennie, par fusions successives : en 1997 Fitch a fusionné avec IBCA pour donner naissance à Fitch-IBCA qui a elle-même fusionné en 1999 avec Duff and Phelps, donnant ainsi naissance à Fitch. Après l’absorption de AMR et Bankwatch, Fitch est devenu FitchRatings en 2001

Une activité porteuse et rentable

Les grands emprunteurs sur les marchés (Etats et entreprises)  et les gestionnaires de produits financiers sollicitent les agences de notation et les rémunèrent pour le service rendu. D’après un acteur du marché interrogé par les Echos, « une agence touche en moyenne 80.000 euros par an pour noter une entreprise et 1 million d’euros pour une banque. Le montant de la facture envoyée aux Etats n’est pas connu et est le fruit d’une négociation forfaitaire. La France et l’Allemagne paieraient un prix assez similaire. »

Pour les produits structurés, la procédure de notation est particulière, puisqu’elle se fait ex-ante, c’est-à-dire avant la mise sur le marché du produit. Cela permet aux banques  arrangeuses de ces produits le « rating shopping », une sorte de mise en concurrence des agences pour sélectionner finalement celle qui attribuera la meilleure note au produit. La commission Levin a permis de lever le voile sur les rémunérations exigées des établissements arrangeurs qui vont de 50.000 $ jusqu’à 1 million, auxquels il faut ajouter une redevance annuelle de 35.000 à 50.000 $ pour la surveillance du produit.

L’essor des produits structurés aux Etats-Unis a beaucoup contribué à l’augmentation du volume d’affaires des agences et à leur profitabilité. Toujours selon le rapport de la sous-commission Levin, le revenu net des activités de rating  de S&P’s a doublé entre 2002 et 2007, passant de 517 millions $ à 1.16 milliard. Pendant la même période, les revenus liés à la notation des produits structurés ont triplé, de 184 millions $ à 562. En 2007, cette branche de l’activité contribuait pour 48% au résultat (contre 36% en 2002).

Cette explosion du volume d’affaires s’est produite dans un contexte de forte amélioration de la rentabilité. Évaluée pour 2007 par la sous-commission, la marge opérationnelle des agences de notation fait rêver : 53% !  (à comparer avec celle d’Exxon, 17%, ou de Microsoft, 36%, pour la même année).

Dans le giron des banques et des grands fonds d’investissement

Après tout çà, on en oublierait presque que les agences de notation sont des entreprises comme les autres, avec des actionnaires qui les contrôlent et en attendent un légitime retour sur investissement.

Justement, alors qu’on parle beaucoup de l’indépendance des agences et des possibles conflits d’intérêt, on cite rarement leur actionnariat. Pourtant il est facile de constater que les agences appartiennent à de grands acteurs de la finance mondiale : banques d’investissement ou de détail, compagnies d’assurances, fonds d’investissement.

Seule agence à être cotée en Bourse, Moody’s compte parmi ses actionnaires Berkshire Hathaway, la société holding du célèbre Warren Buffett. L’autre actionnaire institutionnel important est Davis Selected Advisors, une firme d’investissement qui a investi 1,2 milliard $ dans Merril Lynch en Décembre 2007. Au capital de l’entreprise participent également l’assureur AIG, les banques Barclays et Goldmann Sachs, le groupe de services financiers Fidelity Investments.

Standard and Poor ‘s est une filiale à 100% du géant de l’édition McGraw-Hill. On note d’ailleurs un certain tropisme des grands groupes de communication pour les agences de notation (voir plus haut les origines de Moody’s et de S&P ; plus bas la participation de Hearst dans Fitch). Au capital de McGraw-Hill, on retrouve certains actionnaires de Moody’s : la Barclays, Goldmann Sachs et Fidelity Investments On y trouve également une autre banque européenne, la Deutsche Bank, et des grands fonds d’investissement, comme le canadien Mackenzie Financial Corporation ou l’américain State Sreet Corporation.

Pour Fitch, la configuration capitalistique est un peu différente. L’entreprise est détenue à hauteur de 60% par Fimalac*, la société d’investissement cotée sur le marché parisien et dirigée par Marc Ladreit de Lacharrière ; le reste du capital est aux mains du groupe Hearst, géant des médias (souvenez-vous Citizen Kane !).

 

 

* Fimalac, ou Financière Marc Ladreit de Lacharrière est une société holding, fondée et dirigée par le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière. Elle développe trois pôles d’activités : les services financiers avec Fitch Group, les activités immobilières avec North Colonnade Ltd. et les investissements diversifiés avec Fimalac Développement. Fitch Group comprend Fitch Ratings, troisième agence de notation dans le monde.

Sources



16/01/2012
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