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La bataille des forfaits mobiles

Forfaits Free mobile : un camouflet pour Sarkozy ?

Créé le 10-01-2012 à 16h52 - //tempsreel.nouvelobs.com/les-forfaits-free-mobile/20120110.OBS8479/forfaits-free-mobile-un-camouflet-pour-sarkozy.html

 
Par Morgane Bertrand
Journaliste Société Planète

Le Président voyait d’un mauvais œil l’arrivée d’un quatrième opérateur de téléphonie mobile. A la différence de son Premier ministre François Fillon.

Martin Bouygues, PDG du groupe Bouygues et Nicolas Sarkozy, Président de la République, en visite sur le chantier de la tour First réalisée par Bouygues Batiments à la Défense, 30 juin 2009. LUDOVIC-POOL/SIPA

Martin Bouygues, PDG du groupe Bouygues et Nicolas Sarkozy, Président de la République, en visite sur le chantier de la tour First réalisée par Bouygues Batiments à la Défense, 30 juin 2009. LUDOVIC-POOL/SIPA

Xavier Niel, le fondateur et propriétaire de 65% d’Iliad-Free, a toujours dit qu’il préférait communiquer par mail. Pour éviter, dit-il, l’anecdote. Mais il ne s’est pas privé d’en raconter une savoureuse au "Canard Enchaîné" le 29 décembre 2010.

Pour lancer l’appel d’offres d’une quatrième licence 3G contre l’avis du Président Nicolas Sarkozy, le Premier ministre François Fillon aurait tout bonnement, selon Niel :

fait adopter le texte en Conseil des ministres en vitesse pendant que Sarko était sorti répondre à un appel ! Et il a signé le décret en profitant de son malaise vagal".

Une histoire de fou. Mais possible. Car l’arrivée d’un challenger sur le marché très fermé des télécoms a été marquée dès le départ par l’opposition des trois opérateurs historiques Orange, SFR et Bouygues Télécom –épinglés avec humour par Xavier Niel lors de la conférence de lancement de Free Mobile mardi 10 janvier ; mais aussi par une querelle de châteaux entre l’Elysée et Matignon.

Sarkozy, pro-Bouygues

D’un côté, Nicolas Sarkozy, explicitement hostile à l’arrivé d’un nouvel opérateur. Officiellement, le Président aurait souhaité maintenir les bénéfices des trois acteurs historiques à leur niveau pour ne pas réduire les importantes recettes fiscales qu’ils génèrent (TVA et taxes sur les sociétés).

Officieusement, il aurait joué le jeu de l’ami Martin Bouygues, témoin de son second mariage et lobbyiste d’enfer. A la tête de Bouygues Télécom, ce dernier s’est toujours montré particulièrement fermé à l’arrivée d’un quatrième opérateur.

Exemples rappelés par Xavier Niel : à l’AFP le 27 février 2008, Martin Bouygues déclare le déploiement d’un quatrième réseau 3G "physiquement impossible". Et au "Canard Enchaîné" en juillet 2008, il fustige une licence qu’il juge "bradée" : "Je me suis acheté un château, ce n’est pas pour voir les romanichels traîner sur les pelouses".

Sarkozy, anti-Niel

Enfin, Nicolas Sarkozy pourrait avoir une dent personnelle contre Xavier Niel, volontiers présenté comme "un homme du peep-show" en référence à ses entreprises (et déboires) dans ce secteur. Le 9 octobre 2009, on peut lire dans "Paris-Match" : 

Ses choix irritent l’Elysée. ‘Sarkozy n'a jamais digéré qu'il investisse dans Bakchich, qui le critique. Il le prend pour un gaucho’, décrypte une source gouvernementale ».

Opposition au projet de loi Hadopi, dédain à l’égard du projet de filtrage des sites pédopornographiques par les fournisseurs d’accès défendu par la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie et la secrétaire d'Etat chargée de la Famille, Nadine Morano, et enfin intérêt pour la licence 3G auraient fini discréditer Niel auprès du chef de l’Etat.

Au point qu’en novembre 2010, lors de la recapitalisation du "Monde", il aurait convoqué selon l’AFP le directeur Eric Fottorino pour lui rappeler que "l’offre de reprise déposée par Pierre Bergé, Matthieu Pigasse et Xavier Niel ne trouvait pas grâce à ses yeux"… Lui préférant celle de Claude Perdriel, propriétaire du Nouvel Observateur, et du patron de France Télécom, Stéphane Richard.

Fillon pro-3G

En face de Nicolas Sarkozy, un Premier ministre certes dévoué à son chef, mais sensible aux évolutions des technologies de communication. C’est qu’il s’y connaît. En 1995, il a été nommé par Jacques Chirac ministre des Technologies de l’information et de la Poste puis en novembre 1995, ministre délégué à la Poste, aux Télécommunications et à l’Espace. Il est alors chargé de préparer l’ouverture du capital de France Télécom, qui sera réalisée par son successeur socialiste en 1997.

Face aux blocages du Président, François Fillon contourne. En novembre 2008, alors que le sujet est relégué aux oubliettes de l’Elysée, le Premier ministre passe la deuxième. "La Tribune" révèle ainsi l’existence d’une note publiée par Matignon, qui signale la volonté du cabinet de favoriser l’entrée d’un quatrième opérateur sur le marché. Au plus vite, en vue d’attribuer les fréquences au premier trimestre 2009.

L’appel d’offres ne sera publié qu’en août 2009, dans les conditions révélées par Xavier Niel. Tour de passe-passe que le chef de l’Etat semble n'avoir pas digéré immédiatement : en septembre 2009, devant des députés UMP, il exprime encore des réserves à l’égard du quatrième opérateur! Arguant cette fois que

le prix le plus bas n’est pas forcément le meilleur".

La volonté de François Fillon a finalement eu raison des amitiés de Nicolas Sarkozy. Après avoir dénoncé "lobbying intense, désinformation, intox, chausse-trappes et peau de bananes", Xavier Niel n’a d'ailleurs pas omis de remercier, à la fin de sa conférence de presse… le Premier ministre. 

Morgane Bertrand

 

Par Morgane Bertrand
Journaliste Société Planète

 

Pour rire un peu, une vidéo hilarante et limite hors jeu.

 




13/01/2012
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