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GAZ de schiste voyage en Pennsylvanie

Voyage au pays (des) enchanté(s) du gaz de schiste...

Au Québec, une cinquantaine de citoyens et d'élus municipaux ont organisé un voyage en Pennsylvanie pour évaluer in situ les conséquences de l'extraction des gaz de schiste. Horreur, malheur... ils n'en sont pas encore revenus. Enfin si, mais non.

Gaz de schistes

Effrayés par les projets de leur industrie gazière, qui compte forer jusqu'à 20 000 puits de gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent au Québec, une cinquantaine de citoyens et d'élus municipaux locaux québécois ont voulu savoir à quoi ressemblerait leur contrée d'ici une quinzaine d'années. Rien de plus simple : il leur a suffi de louer un autocar pour se rendre en Pennsylvanie, petit Etat zunien incontestablement en avance sur son temps ; les premiers forages ont vu le jour il y a une dizaine d'années.

Fracturation sociale

Résultat de ce retour vers le futur : c'est du grand n'importe quoi. Les infrastructures ne sont pas adaptées. Lorsqu'un forage est lancé, dans des villages reculés peuplés de quelques centaines d'habitants, on voit passer "pendant trois semaines, 1000 à 1200 camions par jours". Conséquence : les routes sont rapidement éventrées et la densité du trafic rend la circulation quasiment impossible pour les habitants. Qui n'ont pas besoin de ça, car la région vit au rythme des "déchirures sociales", dans les familles et les villages, entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre.

Désastre immobilier

La valeur immobilière des habitations situées à proximité des puits s'est effondrée. Forcément, quand vous voyez un gros tuyau planté dans le toit d'une maison pour en "faire sortir le méthane", ça n'incite pas franchement à investir... Un participant au voyage rapporte ainsi qu'une jeune dame a "vu la valeur de sa propriété passer de 169 000 $ à 9000 $ parce que l'eau souterraine autour de sa maison est contaminée. Elle doit payer 2400 $ par an pour être approvisionnée en eau. Dans un autre cas, les émanations de méthane d'un puits situé juste à côté d'une maison sont telles qu'on dit que le puits peut exploser à tout moment. Et les compagnies refusent de payer la moindre compensation: démontrez d'abord que c'est notre responsabilité, disent-elles".

Maso-schiste

Quant à l'environnement, de façon plus générale, le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), André Belisle, a rappelé que la Pennsylvanie possède l'un des pires bilans en matière de pollution, la qualifiant d'"Etat délinquant". Pas moins de 1400 infractions y ont été commises par les industries gazières entre janvier 2008 et juin 2010. Et pourtant, les normes sont loin d'être sévères ; à la question "respectez-vous les normes en vigueur ?", le représentant d'une firme locale a simplement répondu : "Les normes ne sont pas établies, il faut que le gouvernement [les] établisse".

"Lorsqu'on sait, on ne peut plus ignorer"

A l'origine, la Pennsylvanie affirmait se lancer dans le gaz de schiste pour améliorer son bilan en se détournant des centrales au charbon... 10 ans plus tard, "aucune centrale charbon n'a été fermée et la production gazière n'a fait qu'empirer le bilan", s'étrangle André Belisle. L'ex-maire de la commune texane de Dish, Calvin Tillman (qui s'est résigné à quitter sa ville car ses enfants souffraient des émanations provenant des stations des alentours), a expliqué son combat : "Lorsqu'on sait, on ne peut plus ignorer. Maintenant qu'on sait, nous, on va parler encore plus fort parce qu'on a vu de nos yeux et entendu". Serge Fortier, porte-parole du Comité Inter-Régional Gaz de Schiste de la Vallée du Saint-Laurent, conclut ainsi : "On peut rouler 300 km/h sur l'autoroute, ça va bien, mais si on a une crevaison, on est dans le champ : c'est la même affaire avec le gaz de schiste".

En France, on enfume

Ayant pris connaissance de cette petite escapade champêtre, le Parti Québécois s'émeut : "Avec tout ce qu’on apprend depuis un an, il faut, nous aussi, comme en France, interdire la fracturation hydraulique". Le PQ (c'est son sigle officiel) s'est certainement contenté de lire les communiqués officiels du gouvernement français, dans lequel on annonçait fièrement l'abrogation "des" permis d'exploration. En fait, seulement 3 permis ont été abrogés sur... 64 ! Pire, une proposition de décret du PS demandant l'interdiction totale de la pratique de forage basée sur la fracturation hydraulique a été refusée... par la majorité gouvernementale. Conclusion : loin d'être interdite, l'extraction des gaz de schistes est encore largement autorisée...

La citation du jour : "Le monde est dangereux non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire” -- Albert Einstein.

[sources : cyberpresse.ca, ledevoir.com, communiques.gouv.qc.ca, radio-canada.ca, fr.canoe.ca, pq.org ]

 



19/10/2011
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