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Famine et biocarburants

 

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21. juillet 2011 - 18:00

En Ethiopie, la famine côtoie l’abondance

Red travaille aux champs durant ses vacances pour 80 centimes par jour. Et en période scolaire? Il ne le dira pas.
Red travaille aux champs durant ses vacances pour 80 centimes par jour. Et en période scolaire? Il ne le dira pas. (Philipp Hedemann)

Par Philipp Hedemann, swissinfo.ch/InfoSud


Alors que des millions de personnes sont gravement menacées de famine dans la Corne de l’Afrique, des investisseurs étrangers récoltent dans la même région des tonnes de céréales à destination de l’Asie ou des pays du Golfe.

 

Il fait un peu moins de 40°C. Accroupi, un jeune garçon arrache la mauvaise herbe qui a poussé au milieu d'un champ de canne à sucre. Un Indien passe dernière lui en l'observant du coin de l'œil.
 
Red a 8 ans et il gagne 80 centimes par jour de travail dans ce champ de l'ouest de l'Ethiopie. C'est moins cher que les pesticides. Le fermier indien devrait gagner des millions dans les trois années à venir, en exportant ces récoltes loin de l'Ethiopie.
 
Dans l'un des pays les plus pauvres au monde, l'accaparement des terres agricoles ne fait que commencer, et au pire moment. L'Ethiopie a faim. La sécheresse dévastatrice qui frappe toute la Corne de l'Afrique depuis quelques mois menace plus de 10 millions de personnes. 
 
«Ici c'est encore une région désertique, mais bientôt nous allons y construire de nouveaux champs de canne à sucre et d'huile de palme», confie Karmjeet Singh Sekhon, à bord de son pick-up Toyota.
 
A droite et à gauche de la piste, la brousse est déjà en feu. A 68 ans, l'investisseur indien est pressé. Son énorme ferme dans l'ouest de l'Ethiopie couvre une superficie de 300'000 hectares, une des plus grandes de la région.

 

Course aux biocarburants

En 2008, suite à la hausse drastique du prix des produits alimentaires, et aux famines qui en ont résulté, une course sans précédent a été lancée pour s'accaparer les surfaces agricoles en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie.
 
Selon un rapport de la Banque mondiale, 45 millions d'hectares de terres ont été loués en 2009. On estime que d'ici à 2030, dans les pays en développement, chaque année six millions d'hectares de terres agricoles seront louées en plus, dont les deux tiers en Afrique sub-saharienne et en Amérique du Sud.
 
Des hectares de terres utilisés non seulement pour nourrir des pays comme l'Inde ou les Etats du Golfe, mais aussi un moyen pour ces pays de jouer les premiers rôles dans la course à la production de biocarburants. «L'accaparement des terres pose un grand risque. Le voile du secret qui règne sur ce commerce doit être levé, afin que les personnes pauvres ne paient pas le prix fort et perdent leur terre», affirme Ngozi Okonjo-Iweala, directrice de la Banque mondiale.
 
Il y a 26 ans, la terrible famine qui a frappé l'Ethiopie avait tué plus d'un million de personnes, malgré l'aide internationale. Ce scénario pourrait se reproduire. Actuellement, la plupart de la nourriture est importée.

 

Karmjeet Singh Sekhon. Son domaine est si vaste qu’on ne le traverse pas à pied.

Karmjeet Singh Sekhon. Son domaine est si vaste qu’on ne le traverse pas à pied. (Philipp Hedemann)

Bradage du pays

En Ethiopie, près de 85% de la population vit de l'agriculture. Mais la plupart des maigres champs restent stériles et sont toujours travaillés avec des méthodes archaïques. Les terres donnent l'un des rendements les plus bas au monde. Le gouvernement éthiopien espère profiter de la location de ces surfaces agricoles aux investisseurs étrangers pour lancer une vague de modernisation.
 
Toutes les terres appartiennent au gouvernement d'Addis-Abeba qui espère dans les années à venir en consacrer trois quarts à l'agriculture. Un objectif ambitieux, car pour l'instant seulement 3,6 millions d'hectares, principalement dans l'ouest du pays, ont été cédés aux investisseurs.
 
Mais la donne pourrait changer rapidement, avec un prix modique de location de 5 francs par hectare et par année. L'Ethiopie est devenue une terre de prédilection pour les entreprises d'investissement dans l'agro-business. Au désespoir des agriculteurs locaux comme Ojwato.
 
Le paysan se dresse devant son champ d'à peine un hectare. Il ne lui faut que quelques minutes pour le traverser. Bien loin des heures de routes que doit effectuer Karmjeet Singh Sekhon à bord de sa jeep pour traverser ses champs de canne à sucre.
 
A l'idée que dans les champs voisins, les récoltes sont exportées à l'étranger, alors que le pays est au bord de la famine, il fulmine. «Les étrangers avaient promis d'apporter l'électricité, de l'eau et des hôpitaux en échange. Mais au final, seuls quelques-uns d'entre nous ont trimé dans leurs champs, pour être mal payés en plus».

 

Philipp Hedemann, swissinfo.ch/InfoSud

 

Le rapport inquiétant de la banque mondiale

21 août 2011 2 h 43 min 
http://www.sanfinna.com/?p=2222

Après une baisse relative au cours du deuxième trimestre 2011, les prix alimentaires mondiaux repartent à la hausse, faisant planer des menaces sur la sécurité alimentaire dans les pays les plus vulnérables.

credit: elwatan.com

Les principaux produits ont, en effet, enregistré une nette augmentation au mois de juillet 2011, évaluée à 33% par rapport à 2010 dans la dernière édition du rapport Food Price Watch du groupe de la Banque mondiale. Dans le détail, on apprend que le maïs a augmenté de 84%, le sucre de 62%, le blé de 55% et l’huile de soja de 47%.

Cette hausse est due en partie à l’augmentation des prix du pétrole qui affichent +45% par rapport à juillet 2010, mais aussi à la hausse des prix des engrais, qui ont augmenté de 67% sur la même période.

 

Halte aux nécrocarburants ! lire l'article L’incroyable crime des biocarburants (encore, encore et encore)

http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=1153 (NDR)



29/08/2011
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