vie locale lagnieu

vie locale lagnieu

Ententes illicites, encore les banksters et les cartels

Entente sur le Libor: 6 questions autour d’un scandale financier

Créé le 29-03-2012 à 18h47 - Mis à jour à 18h53    

 
Par Delphine Dechaux

DECRYPTAGE Le taux d’intérêt qui sert d’étalon à la finance mondiale aurait été maintenu artificiellement bas entre 2007 et 2011 par les grandes banques. Une dizaine de régulateurs enquêtent. 

 
Share

En ce printemps radieux, les cartels fleurissent. Après la révélation d’une entente sur le lait, les œufs, la lessive, les croquettes pour chien, des soupçons portent sur les taux interbancaires. Une dizaine de régulateurs enquêtent sur un énorme scandale financier, révélé par la presse suisse et britannique. 

1. De quoi s’agit-il ?

Le Libor, un baromètre du marché monétaire mondial, est soupçonné d’avoir été volontairement faussé. Ce taux d’intérêt qui sert d’étalon à la finance mondiale, aurait été maintenu artificiellement bas entre 2007 et 2011 par les grandes banques qui fournissent les données servant à son calcul.

UBS, Credit Suisse, Deutsche Bank, Société Générale, Barclays, Citigroup, dix très grands établissements financiers au total, font actuellement l’objet d’une enquête auprès des principaux régulateurs mondiaux. L’affaire est partie de la banque suisse UBS, première à avoir brisé l’omerta. L’établissement suisse, devenu coutumier des scandales financiers, a obtenu de deux régulateurs la promesse de bénéficier de la clémence des autorités en échange de sa coopération. Le 3 février, la commission de la concurrence suisse (Comco) a annoncé l’ouverture d’une enquête sur des soupçons de manipulations de taux interbancaires. Le Libor (London Interbank Offered Rate) mais aussi le Tibor (Tokyo Interbank Offered Rate) et l’Euribor sont concernés.

Deux semaines plus tard, le Financial Times révélait que la banque UBS avait suspendu plusieurs traders à Zurich, dont un responsable de l’activité taux. Dans la foulée, d’autres traders ont été remerciés chez JPMorgan Chase, Deutsche Bank, Royal Bank of Scotland (RBS).

2. Quel serait l’intérêt des banques à s’entendre ?

Plusieurs hypothèses sont avancées. La première est liée à la crise de liquidités. En plein maelstrom financier, les banques avaient intérêt à ce que le Libor reste bas pour ne pas paraître vulnérables. Selon une autre hypothèse, des traders auraient eu intérêt à manipuler les cours pour s’assurer des plus-values dans leurs portefeuilles.

3. Qu’est ce que le Libor ?

Le Libor est un ensemble de taux servant de référence au marché monétaire. Calculés chaque jour à Londres, à 11 heures précises (heure de Londres), ces taux sont publiés par l’association des banques britanniques, la respectable British Bankers’ Association.

Tandis que les taux des banques centrales (Banque d’Angleterre, Réserve fédérale américaine, Banque centrale européenne, etc), sont donnés sur une base mensuelle, le Libor reflète les taux auxquels les plus grands établissements privés empruntent quotidiennement entre eux. Il est publié pour les 10 plus grandes devises mondiales et pour 15 maturités, allant d’un jour à 12 mois. Soit 150 chiffres publiés chaque jour.

4. Comment est-il calculé ?

Le calcul du Libor est effectué chaque jour à 11 heures (heure de Londres) par Thomson Reuters, qui interroge les banques. Thomson communique le taux le plus bas et le plus élevé, et calcule ensuite une moyenne, qui sert de référence.

Les banques qui participent à ce calcul ne sont pas nécessairement basées à Londres ni membres de la British Bankers’ Association. Elles sont sélectionnées en fonction du volume de leurs activités sur les marchés.

Sur la sellette, la British Bankers’ Association a annoncé qu’elle était en train de réviser en profondeur la manière dont le Libor est calculé.

5. Quelle est son importance ?

Une série de produits dérivés échangés sur les marchés de matières premières (Liffe, marché de Chicago) utilisent le Libor comme base de calcul, pour des transactions estimées à 350.000 milliards de dollars. Les taux du Libor servent également à établir un grand nombre de taux d’intérêt, immobiliers ou commerciaux.

"Si elle était prouvée, une manipulation de ces taux d’intérêt impliquerait un coût très important pour l’économie européenne", a affirmé le commissaire européen chargé de la concurrence, Joaquin Almunia.

6. Pourra-t-on prouver que les banques se sont entendues ?

La tâche sera loin d’être aisée. Car l’affaire est un puzzle géant, dont il sera extrêmement complexe d’assembler les morceaux. Entamées il y a dix-huit mois, les enquêtes impliquent une dizaine de régulateurs dans le monde entier. Sur le seul territoire américain, plusieurs agences de contrôle se partagent la tâche : le ministère de la Justice, le régulateur des matières premières (CFTC) et le célèbre FBI (Federal Bureau of Investigation). Au Royaume-Uni, la banque Barclays a alerté à la fois le régulateur britannique et la Commission européenne.

Si ces procédures aboutissent, les banques encourent des sanctions importantes, tant règlementaires que financières et elles s’exposent à des actions groupées en justice.

 

Delphine Dechaux

 

Delphine Dechaux

http://www.challenges.fr/finance-et-marche/20120329.CHA4880/entente-sur-le-libor-6-questions-autour-d-un-scandale-financier.html



03/04/2012
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 14 autres membres