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Concert continu de casseroles autour du palais

Trésorier de campagne présidentielle, un poste de confiance... et à risques

 

Rien ne semble pour l'instant pouvoir être reproché, sur le plan légal, au trésorier de la campagne électorale de François Hollande, l'homme d'affaires Jean-Jacques Augier. Ce dernier a assuré, jeudi 4 avril, n'avoir tiré «aucun avantage fiscal particulier» des prises de participation de sa holding Eurane dans des sociétés enregistrées aux îles Caïmans. 

Mais la révélation, deux jours après les aveux de Jérôme Cahuzac et moins de quinze après la mise en examen de Nicolas Sarkozy, des activités offshores de cet ami du président résonne comme la preuve d'une loi des séries. Qui touche, après un ministre de Bercy, un grand argentier de campagne présidentielle, autre poste-clef de la vie politique française. 

De la réélection de Mitterrand en 1988 à l'affaire Bettencourt, en passant par l'enquête sur l'attentat de Karachi, les hommes qui ont organisé le financement des campagnes présidentielles ont souvent vu leur nom cité dans des affaires. 

1974: un trésorier assassiné

Le prince Jean de Broglie, député de l'Eure pendant près de vingt ans, de 1958 à 1976, et grand argentier de la campagne de Giscard d'Estaing en 1974, est assassiné par balle à Paris le 24 décembre 1976. La version officielle conclut à un différend financier avec son conseiller juridique qui lui avait emprunté de l'argent pour s'acheter un restaurant, et aboutit à la condamnation de deux hommes pour complicité d'assassinat en 1981 —un verdict toujours contesté. 

1988: Urba et le financement de la campagne de François Mitterrand

L'affaire des bureaux d'études qui reversaient de l'argent au Parti socialiste démarre en 1989. Deux enquêteurs du SRPJ tombent, au siège marseillais de la société Urba, sur des petits cahiers d'écolier noircis de l'écriture de Joseph Delcroix, entré dès 1978 comme assistant dans le GIE qui abrite plusieurs sociétés, dont Urba, pour en devenir directeur administratif en 1984 et représentant général à Marseille en 1988. De 1981 à 1989, il a pris soin de noter absolument toutes ses activités dans la société.  

En 1991, alors que le juge Thierry Jean-Pierre enquête sur la mort accidentelle de deux salariés sur un chantier, un responsable socialiste lui affirme que des sociétés d'études, dont la fameuse Urba, reversent des commissions au Parti socialiste en échange d'obtention de marchés publics. 60% de leurs honoraires servent à financer le parti. Dans son livre L'Enquête impossible, le responsable des investigations marseillaises, Antoine Gaudino, écrit qu'«Urba-Gracco avait financé, à hauteur de 25%, la campagne présidentielle de François Mitterrand». 

Le trésorier de la campagne de Mitterrand, Henri Nallet, devenu en 1990 garde des Sceaux, critique durement la perquisition du juge au siège parisien d'Urba. Harcelée par l'opposition, la majorité PS réglera le problème en faisant voter une loi d'amnistie: la loi du 15 janvier 1990 relative à la limitation des dépenses électorales et à la clarification du financement des activités politiques dispose que «sauf en cas d'enrichissement personnel de leurs auteurs, sont amnistiées toutes infractions commises avant le 15 juin 1989 en relation avec le financement direct ou indirect de campagnes électorales ou de partis et de groupements politiques». 

1995: la blague des ventes de tee-shirt de campagne

Dans le cadre de l’enquête sur l’attentat de Karachi de 2002, qui a coûté la vie à quatorze personnes dont onze ingénieurs français de la DCN, le juge Renaud Van Ruymbeke s'est penché sur de possibles rétrocommissions sur des contrats d’armement avec le Pakistan et l'Arabie saoudite, dont aurait pu bénéficier Edouard Balladur pour financer sa campagne présidentielle en 1995. Ses comptes révèlent qu'il a dépensé 97 millions de francs et non 83 (19 et 16 millions d'euros de 2013), comme il l'a indiqué au Conseil constitutionnel, qui les a validés. 

Pour Edouard Balladur, cet argent constitue la recette des gadgets et tee-shirts vendus sur les stands des meetings. Mais en 2011, le porteur de valises de l'Association de financement de la campagne d'Edouard Balladur (Aficeb), Alexandre Galdin, a livré à la justice des éléments ahurissants sur sa mission pendant la campagne, expliquant qu’il allait tous les trois jours déposer de l’argent liquide à la banque, des sommes allant de «100.000 à 500.000 F maximum», comme il le racontera dans une interview surréaliste au Parisien. Il a expliqué au journal pourquoi, un jour, le trésorier de la campagne, René Galy-Dejean, l’a accompagné lors d’un de ces dépôts. 

«— Ce matin-là, quand je suis arrivé au siège de l'association à 9 heures, nos bureaux étaient recouverts de dizaines de hautes piles de billets de 500 F. Un spectacle incroyable. J'étais stupéfait. “Qu'est-ce que c'est?”, ai-je demandé. La réponse qu'on m'a faite, en substance, c'était: “Ne pose pas de questions.” Et je n'en ai pas posé. 

Et à la banque?  

— Cette fois, le volume d'argent était tel que ce n'est pas une mallette mais une valise en faux cuir marron, de très mauvais goût, que j'ai apportée à la banque. 

[…] 

Cela représentait combien? 

— Je ne m'en souviens pas exactement. Peut-être trois millions de francs, soit l'équivalent de six mallettes.» 

Nicolas Sarkozy était lui le porte-parole de la campagne du Premier ministre, qui sera éliminé au premier tour. 

1995 (bis): Jacques Chirac et Roland Dumas sont dans un bureau...

En 2011, le juriste Jacques Robert, membre du Conseil constitutionnel en 1995, lâche dans le Parisien que «la raison d’Etat l’avait emporté sur le droit» en 1995. Ses regrets ne concernent pas seulement les comptes d'Edouard Balladur, mais aussi ceux de Jacques Chirac, dont le trésorier de campagne était Eric Woerth, qui occupera le poste à nouveau en 2007 pour Nicolas Sarkozy. 

Cette année-là, les comptes des deux hommes ont été validés par le Conseil après avoir été corrigés par les rapporteurs pour ne pas dépasser les seuils légaux. En avril 2012, Jacques Robert affirme dans Les Inrockuptibles:  

«Nous avons présenté devant la nation des comptes réguliers alors que nous savions tous qu’ils étaient irréguliers: une tache sur l’indépendance du Conseil constitutionnel.» 

La faute à Roland Dumas, le président du Conseil, qui encourage les membres à ne pas faire de vague et à fermer les yeux sur les irrégularités des deux camps. «Il n’y avait que deux solutions: aller au clash ou maquiller les comptes», expliquera Jacques Robert. Evidemment, c'est la deuxième solution qui sera choisie. Roland Dumas a lui reconnu avoir validé des comptes douteux dans «l’intérêt du pays». 

2007: le soupçon d'un financement de Kadhafi...

Le 28 avril 2012, en plein entre-deux-tours de la présidentielle, Mediapart publie un document traduit de l’arabe, qui proviendrait des services secrets libyens et serait signé de la main de son chef de l’époque, Moussa Koussa, dans lequel le gouvernement du colonel Kadhafi affirme qu’il souhaite appuyer la campagne de Nicolas Sarkozy à hauteur de 50 millions d’euros. 

Les proches de Sarkozy crient à la manipulation. Le PS somme le président-candidat de s’expliquer devant les Français et parle de scandale d’Etat. Ziad Takieddine, intermédiaire franco-libanais qui a introduit le premier cercle de Nicolas Sarkozy auprès des Libyens, et est par ailleurs mis en examen dans l'affaire Karachi, croit pour sa part à la crédibilité de ce document et le fait savoir par le biais de son avocat. Au Parisien, il affirme en janvier 2013 avoir des preuves que la Libye a financé la campagne de Sarkozy en 2007, et que Claude Guéant s’est rendu à Tripoli de manière confidentielle. 

En mars 2011, Takieddine a été interpellé à l’aéroport du Bourget avec 1,5 million d’euros en espèces alors qu’il revenait de Tripoli. Un complot ourdi par les proches de Sarkozy et en particulier Claude Guéant, a-t-il expliqué lors de son audition: «M. Claude Guéant était persuadé que je détenais des preuves de ce financement, à savoir les éléments dont Saïf [Kadhafi] avait fait état dans ses déclarations», aurait-il déclaré, selon Le Monde. 

...et de Liliane Bettencourt

Pour l'instant, c'est un autre dossier touchant à la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy qui est allé plus loin judiciairement: l'affaire Bettencourt. En février 2012, Eric Woerth a été mis en examen pour recel et trafic d'influence passif, puis, en mars 2013, l'ancien président a été lui aussi mis en examen, pour abus de faiblesse, à l'issue d'une confrontation avec des anciens employés de Liliane Bettencourt au Palais de justice de Bordeaux. 

En recoupant les dates de rencontres entre Eric Woerth et Patrick de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, avec les mouvements de transfert de fonds du compte suisse de la famille vers Paris, les juges bordelais ont acquis la conviction que la famille propriétaire de L'Oréal avait financé de manière détournée la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. 

J.-L. C. 

http://www.slate.fr/france/70303/tresoriers-campagne-presidentielle-affaire 


 



06/04/2013
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